« Un moment d’espérance pour les jeunes »
Ce 25 septembre matin, aux côtés du président de la République et de son épouse, quinze jeunes de notre diocèse et dix enfants de l’école catholique d’Ablon, ont accueilli le Pape Léon XIV à l’aéroport d’Orly.
Venus de tout le Val-de-Marne, ces jeunes sont engagés en responsabilité dans notre Église pour le Frat, pour l’organisation des JMJ à Séoul, pour la Pastorale Personnes handicapées, pour une Équipe d’Animation Paroissiale et au conseil pastoral diocésain. Avec eux, au pavillon d’honneur de l’aéroport, 10 enfants de l’école catholique d’Ablon vivent également ce moment exceptionnel !
Parmi eux, Andréa, 22 ans et Octave, 20 ans, font partie du conseil pastoral diocésain depuis trois ans. Sur le tarmac, Andréa a pu donner un bouquet de fleurs au Pape. « Avec Octave, on s’est dit que nous dirons au Pape surtout la grande joie que nous avons de l’accueillir en France » – confie-t-elle. « Accueillir le Pape, dans le contexte d’incertitude et des conflits qui nous impactent, est pour tous les jeunes un moment d’espérance. Face aux divisions présentes également dans l’Église, il est important de souligner que le Pape est garant de notre unité. En cela il est un message de paix pour nous » – constate-t-elle.
Pour Octave, « le Pape est le pasteur de l’Église universelle mais c’est aussi quelqu’un qui nous est proche et qui porte des messages forts sur la paix, sur l’IA, sur des problématiques qui concernent les jeunes. On est une génération qui voit tout, en permanence, sur nos téléphones : les guerres, les famines, les injustices. Le risque, c’est de s’y habituer, de faire défiler et de passer à autre chose. Le message du pape, c’est justement de refuser cette indifférence. Pour moi, ça veut dire ne pas seulement être ému ce jour, mais agir, même à petite échelle. Je dirais que le Pape incarne notre foi ».
« L’appel à accueillir le Pape à l’aéroport est tombé au moment où j’en avais le plus besoin dans ma vie. Cette année a été difficile pour moi, j’ai beaucoup prié en m’accrochant à ma foi. C’est comme un signe que le Seigneur est toujours à mes côtés » – confie Andréa, illustrant par son exemple le thème de la visite du Pape « Pour que le monde ait la vie ». Ce thème invite chacun à réfléchir à la valeur et à la dignité de toute vie humaine. Ce thème rappelle que la vie est un don précieux qu’il faut accueillir, respecter et protéger, en particulier lorsqu’elle est fragile ou menacée. Le Pape vient encourager chacun à puiser la vie dans le Seigneur, qui la donne en l’abondance.

A Metz, les religions s’engagent ensemble pour la paix
À Metz, le pape Léon XIV a rencontré les représentants des principales traditions religieuses présentes en France. Une rencontre placée sous le signe du dialogue, de la fraternité et de la paix. Une délégation de six personnes de notre diocèse a pris part à cette rencontre.
Avec l’« Appel de Metz », les responsables de culte français prennent trois engagements concrets : poursuivre le dialogue, former les jeunes à la connaissance mutuelle et agir ensemble pour la justice et la paix.
Pourquoi une rencontre interreligieuse aujourd’hui ?
Depuis la rencontre d’Assise, en 1986, le monde a profondément changé. Mais une conviction demeure : lorsque les sociétés sont traversées par les conflits, les peurs et les divisions, les religions ont une responsabilité particulière pour contribuer à construire la paix. C’est le point de départ de l’Appel de Metz, signé par les responsables des cultes en France à l’occasion de la rencontre avec le pape Léon XIV. Face aux changements, les guerres et les violences qui se multiplient, le droit international fragilisé, les inégalités qui se creusent et les équilibres écologiques menacés, les responsables religieux veulent être des « veilleurs », attentifs à la dignité de chaque personne et au soin de l’autre.
Créer une amitié et porter la réconciliation
Dialoguer sans renoncer à sa foi
Pour le pape Léon XIV, « Dialoguer ne diminue pas notre identité mais l’exprime avec simplicité et vérité en nous ouvrant à la différence de l’autre ». Le dialogue commence donc par une rencontre véritable. Il suppose de pouvoir dire ce que l’on croit, mais aussi d’écouter ce que l’autre croit. Il demande de dépasser les caricatures et les préjugés pour découvrir une personne, une histoire, une tradition.
- C’est pourquoi l’Appel de Metz insiste sur la nécessité d’une véritable « éducation au dialogue ». La paix ne se construit pas uniquement autour des grandes tables diplomatiques. Elle se prépare aussi dans les familles, les écoles, les associations, les lieux de sport et de loisirs, et dans les communautés religieuses.
- Le pape Léon XIV comme les responsables religieux réunis à Metz sont catégoriques : on ne peut pas invoquer Dieu pour légitimer la violence ou la haine.
Trois engagements pour que le dialogue porte du fruit
L’intérêt de l’Appel de Metz est aussi de ne pas en rester aux bonnes intentions. Les responsables de culte prennent trois engagements concrets :
1. Poursuivre avec assiduité un dialogue exigeant entre eux.
Le dialogue doit s’inscrire dans la durée. Il ne peut se limiter aux rencontres exceptionnelles lorsque l’actualité l’impose.
2. Former les jeunes générations à la connaissance mutuelle des traditions religieuses.
Mieux connaître l’autre permet de combattre les préjugés et les peurs. Cette éducation au dialogue constitue un investissement essentiel pour l’avenir.
3. Se tenir ensemble, y compris dans l’adversité, pour œuvrer à la justice et à la paix.
Il s’agit de passer des paroles aux actes et de savoir manifester une solidarité commune lorsque la dignité humaine est menacée.
Que cet appel de Metz devienne pour tous « une boussole d’espérance » et nous rappelle qu’aucune paix durable ne se construit sans l’autre, ni contre lui.
Lire le texte de l’appel de Metz
Lire le discours du Pape au Centre des Congrès Robert Schuman de Metz lundi 28 septembre 2026
Accueillir le souffle nouveau du catéchuménat
Une « Église en état d’initiation »
Le pape reprend à ce propos une intuition déjà portée par l’épiscopat français : celle d’une « Église en état d’initiation ». Cette expression est particulièrement féconde. Elle signifie que le catéchuménat ne devrait pas être considéré comme un secteur pastoral parmi d’autres, réservé à quelques personnes qui demandent le baptême. Il peut devenir une manière de renouveler toute la vie ecclésiale.
Accueillir des catéchumènes oblige en effet les communautés chrétiennes à retrouver elles-mêmes le sens de l’initiation, de la conversion et de la transmission de la foi.
Accueillir les personnes dans leur histoire
Un autre enjeu souligné par Léon XIV est celui de l’accompagnement personnel. Les parcours des catéchumènes sont extrêmement divers. Certains arrivent avec une simple quête spirituelle ; d’autres portent des blessures profondes, des expériences douloureuses, des situations de solitude ou des histoires familiales complexes. Il ne peut donc pas y avoir un accompagnement purement uniforme ou uniquement intellectuel.
Le pape insiste sur un style pastoral fondé sur la proximité, la compassion et la tendresse. Il s’agit d’accueillir chacun là où il en est, de respecter son rythme, sans pour autant renoncer aux exigences de la foi. Cette tension est importante : accompagner ne signifie ni tout accepter sans discernement, ni imposer un parcours identique à tous. Il s’agit de marcher avec la personne, de l’écouter, de discerner avec elle et de l’aider progressivement à entrer dans toute la richesse de la vie chrétienne.
Cécile Marque, déléguée générale de notre diocèse, témoigne de cette rencontre :
Le Pape a eu pour nous une parole encourageante. Il nous invite à entreprendre, traduire nos questions en actions concrètes . Il a attiré notre attention sur la question de la participation à la liturgie qui doit aller de pair avec la catéchèse. Il a souligné l’importance de l’accompagnement face au phénomène du « vide post-baptismal ». J’ai été marquée par son écoute. Avant de nous parler, le Pape a d’abord écouté et nous a offert ce temps d’écoute. Je me sens désormais confiante face aux travaux de l’assemblée synodale provinciale à venir, confortée dans l’ouverture aux possibles audaces. J’en ressors avec cette idée forte que la foi des catéchumènes est pour nous un trésor à valoriser toujours plus dans l’Église.
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Léon XIV aux victimes d’abus
«Je m’engage pour que ce mal ne se reproduise plus»
Salvatore Cernuzio – Envoyé spécial à Lourdes
Intime, direct, profond. C’est ainsi que le Pape Léon XIV souhaitait que se déroule la rencontre tant attendue avec un groupe de victimes d’abus commis par des membres du clergé en France. C’est ainsi que s’est déroulée ce 27 septembre à Lourdes, la rencontre de Léon XIV avec sept victimes d’abus commis dans des paroisses, des collèges, des congrégations et des mouvements. Quatre hommes et trois femmes. Des histoires et des parcours différents qui se sont croisés pour la première fois le 14 septembre, afin de faire connaissance et d’échanger sur leurs expériences, leurs attentes et leurs demandes à partager avec le Pape.
La rencontre a eu lieu à la Maison épiscopale, à quelques pas du sanctuaire marial, et a duré deux heures, de 17 h 30 à 19 h 30, en présence de Mgr Gérard Le Stang, évêque d’Amiens, président du Conseil pour la prévention et la lutte contre la pédophilie au sein de la Conférence des évêques de France. C’est ce qu’indique la Salle de presse du Saint-Siège, qui a fourni des détails sur cette rencontre.
Que le mal ne se reproduise plus
«Le Pape a rencontré chacun d’entre eux individuellement et en privé, à l’écoute de leurs histoires, de la douleur et des souffrances qu’ils ont vécues – parfois malheureusement avec la complicité ou le silence de ceux qui auraient pu les aider –, ainsi que de leurs propositions pour que cela ne se reproduise plus. Il a prié quelques instants avec certains d’entre eux», peut-on lire dans un communiqué diffusé dans la soirée.
À la fin de cette rencontre, peu après 19 heures, précise encore la Salle de presse, «le Pape s’est réuni avec tous dans une salle de la Maison épiscopale et leur a adressé quelques mots, les remerciant pour leur témoignage douloureux et réaffirmant son engagement pour que le mal subi ne se reproduise pas pour d’autres». Le Souverain pontife a ensuite exprimé sa solidarité envers les victimes et, à travers elles, «envers tous ceux qui ont souffert et souffrent encore des blessures causées par les abus subis». Enfin, «en exprimant le souhait de pouvoir œuvrer ensemble pour que la communauté des fidèles soit de plus en plus un lieu où les hommes et les femmes, de tous âges, puissent trouver réconfort et guérison, le Pape a demandé aux personnes présentes de prier pour lui et leur a donné sa bénédiction».
Qui sont les victimes?
On connaît l’identité de cinq des sept victimes présentes à cette rencontre: Jean-Marie Delbos, aujourd’hui âgé de 80 ans, l’un des témoins clés de la grave affaire du collège Notre-Dame de Bétharram; Jérôme Guillement, agressé à l’adolescence par un prêtre de sa paroisse, aujourd’hui coordinateur au sein de la mission «Qualité de la relation éducative»; Véronique Garnier, du collectif Foi et Résilience, autrice de deux ouvrages dans lesquels, après une très longue période de silence et de reconstruction intérieure, elle raconte son histoire de victime d’abus graves et répétés de la part du curé de sa paroisse à Nancy.
Étaient également présents Olivier Mardi, militant et cofondateur de «Voix Libérées de Touraine», victime, tout comme son frère Frédéric, d’abus commis par l’abbé Bernard Tartu, alors qu’ils faisaient partie de la chorale des Petits Chanteurs de Touraine; et Bertrand Virieux, médecin cardiologue, fondateur de l’ancienne association lyonnaise «La Parole Libérée». Enfant, il a subi des violences de la part du père Bernard Preynat, l’ancien prêtre décédé en 2024 et condamné pour des abus commis sur de jeunes scouts entre 1971 et 1991. Les deux autres participants ont choisi de garder l’anonymat, parmi lesquels une personne victime de l’abbé Pierre, figure emblématique de l’Église française.
Un moment intime
Les sept personnes qui ont aujourd’hui fait part au Pape de la gravité du fléau des abus au sein de l’Église ont été «sélectionnées» par la Conférence épiscopale française et la Conférence des religieux et religieuses de France, après avoir pris contact avec une quarantaine d’interlocuteurs, parmi lesquels figuraient des groupes et des particuliers. Tous avaient présenté des idées et des propositions pour l’organisation de cette rencontre et, lors de la mise en place, on s’est efforcé de garantir une représentativité aussi équitable que possible. Le nombre restreint de participants – qui a suscité des protestations de la part de certains collectifs – a été un choix dicté par la volonté de permettre un véritable échange, comme l’avait demandé Léon XIV lui-même. Le groupe a toutefois remis au Pape des lettres de certains des groupes ou particuliers contactés par le Service de protection des mineurs de la Conférence épiscopale.
Une vigilance maximale
Dans la matinée, Léon XIV a évoqué le «fléau douloureux des abus commis sur des mineurs par des membres du clergé ou dans le cadre ecclésiastique», dans son discours aux évêques, qu’il a rencontrés avant la messe sur la prairie. «Une vigilance maximale», a demandé le Pape aux évêques, tout en rappelant la «détermination sans faille» avec laquelle la Conférence épiscopale a «adopté des mesures courageuses pour répondre à leurs besoins (ceux des victimes, ndlr), en les écoutant, en recherchant la vérité, la justice, le pardon, la réparation et en s’engageant résolument en faveur d’une culture de prévention et de protection contre de tels crimes».
Il est fait référence au processus de transparence, de réformes et d’indemnisation engagé par les évêques français et guidé principalement par les conclusions du rapport du Ciase (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église) de 2021, fruit des travaux de la commission indépendante mise en place en 2018 par la Conférence épiscopale elle-même, qui faisait état de plus de 210 000 mineurs victimes d’abus commis par près de 3 000 prêtres et religieux entre 1950 et 2020.
Les évêques ont abordé la question des abus lors de toutes les dernières assemblées plénières et se sont efforcés de donner la parole aux victimes qui, par le passé, dénonçaient l’indifférence de l’Église. «Je sais que certains moments ont été très difficiles pour votre Conférence», a en effet déclaré le Pape dans son discours de ce matin, réaffirmant la nécessité de «poursuivre sur la voie empruntée, en faisant preuve de la plus grande vigilance». Au-delà des chiffres, il y a en effet des visages et des vies. Comme les sept personnes que le Pape Léon XIV a embrassées ce soir, en ce lieu d’accompagnement et de guérison des blessures qu’est Lourdes.
Article Vatican News
Entretien bilan après la visite du Pape
Après la visite du Pape, l’Église de France a le devoir d’en «arroser les semences »
Jean-Charles Putzolu – envoyé spécial à Paris
Quatre jours d’une rare intensité ont été vécus par les catholiques de France, et en particulier par le cardinal Jean Marc Aveline qui a accompagné Léon XIV à chacune des rencontres de son 5ème voyage apostolique, du 25 au 28 septembre. Un peu fatigué, mais toujours souriant et disponible, le président de l’épiscopat français accorde un entretien aux médias du Vatican pour dresser le bilan de la visite du Successeur de Pierre. De l’émotion avec les jeunes au Stade de France encouragés à s’engager pour l’avenir de la France, de l’Europe et du monde, à la confirmation du soutien inconditionnel à la dignité inviolable de la vie, en passant par une bouleversante rencontre de plus de deux heures, à Lourdes, avec sept victimes d’abus sexuels commis par des membres du clergé, l’archevêque de Marseille reparcourt les moments forts de la visite du Pape. Entretien.
Éminence, de retour à Paris et avant de regagner votre diocèse de Marseille, quelles impressions vous ont laissé les quatre jours de Léon XIV à Paris, Lourdes et Metz?
Cette rencontre a eu lieu au moment favorable entre un homme porteur d’un message et d’une responsabilité pour toute l’Église, et un peuple de France, catholique, chrétien ou non, qui était présent et attendait quelque chose. La parole de Léon XIV était attendue, mais plus qu’une parole, on a senti une rencontre avec une personne. Je crois que pour les Français qui sont venus, ou même pour ceux qui ont suivi cette visite à la télévision, j’ai senti que le Pape s’adressait à eux comme à une personne, avec beaucoup de respect et en même temps beaucoup d’authenticité.
En conférence de presse, en amont de ce voyage apostolique, vous disiez que la France intriguait le Pape Léon XIV. Est-ce toujours le cas ?
Je dois me rendre à Rome la semaine prochaine pour y passer huit jours. J’aurai le temps de lui poser cette question. Cependant, je pense qu’il a été touché par la ferveur. Dans l’avion, un journaliste lui a posé une question sur l’Allemagne et sa réponse a été: «regardez ce qui s’est passé en France». On disait de la France des choses qu’on peut dire encore aujourd’hui de l’Allemagne probablement. Il a été beaucoup touché à la fois par la ferveur des jeunes, par leur enthousiasme, par l’espérance aussi dont ils sont porteurs et qu’ils ont communiquée. C’est là qu’il y a une rencontre. Le Pape communique quelque chose, mais les jeunes et les foules présentes lui communiquent aussi quelque chose. Je pense donc qu’au-delà du fait que ça l’intrigue, ça le touche profondément. Et ça nous touche également, car ça nous renvoie à notre responsabilité, ici, en France. Même si on s’y attendait, il a été très touché aussi à Lourdes par la proximité avec les personnes en difficulté, quelles que soient les difficultés. J’ai senti que ça l’a vraiment remué.
Deux questions sur Lourdes. La première à propos de la rencontre avec les victimes d’abus sexuels. On a eu l’impression que ces dernières étaient ressorties totalement bouleversées de ce moment, lorsqu’elles se sont ensuite exprimées devant la presse.
Oui, mais ce n’est pas étonnant. Toutes proportions gardées, on voit bien que – et j’en ai fait l’expérience – lorsqu’un évêque reçoit la personne, que les conditions sont favorables pour cela et que l’on peut justement, simplement, écouter longuement, plusieurs fois, prendre des nouvelles, voir comment les choses évoluent, on sent qu’on marche déjà sur un chemin de guérison. Dans la mesure où cette rencontre a lieu avec le Pape, elle a encore plus d’impact, plus d’importance. Dans les propos tenus ensuite devant la presse (par les victimes, ndlr), on sent bien que pour cette blessure, le remède de l’écoute attentive et humble est la chose la plus importante.
La fin de vie est un autre sujet abordé à Lourdes, ainsi que dans d’autres circonstances. Cette petite phrase de Léon XIV: «ce qui est légal n’est pas forcément moral» ne rappelle-t-elle pas la fermeté avec laquelle l’Église défend le respect et la dignité de la vie?
Oui, mais il n’y avait pas que la phrase, il y avait aussi le ton, un ton bien marqué qui signifiait qu’à un moment, il est nécessaire de crier quand le cri des autres n’est pas entendu. Il faut hausser le ton quand ce qui disent les soignants et d’autres personnes n’est pas entendu. C’est d’ailleurs ce que le Christ nous demande. On en a parlé avec le Pape, j’en ai parlé aussi au Premier ministre et au président de la République. Les choses qui sont pour moi les plus douloureuses, c’est de penser qu’après l’adoption de la loi (sur l’aide à mourir, ndlr), les personnes les plus vulnérables économiquement, sont celles à qui il est facile de laisser entendre qu’après tout, elles sont plutôt un poids et qu’il vaut mieux qu’elles s’en aillent. On sera passé du droit à mourir, au devoir de partir rapidement pour ne pas être un poids. C’est très grave. C’est pour cette raison qu’il faut élever le ton.
Ce voyage a commencé vendredi soir par la veillée avec les 17-35 ans au Stade de France et il s’est achevé par un appel aux jeunes. Léon XIV leur demande de s’engager pour la France, pour l’Europe et pour le monde, à un moment ou, dit-il, l’Europe se trouve à un tournant de son histoire.
À Metz, il a même souligné l’importance de l’engagement politique. Nous le voyons bien, en relisant l’histoire de la construction des institutions européennes que l’on connaît aujourd’hui, qu’il fallait des gens emplis d’espérance et de foi -la plupart des pères de l’Europe étaient chrétiens, pour puiser dans la foi en la Résurrection, la certitude que la réconciliation était possible. Cela a été nécessaire pour passer des intuitions aux institutions. On a besoin d’hommes et de femmes engagés en politique pour cela. L’appel lancé par le Pape est par conséquent très important, d’autant plus que lorsque nous regardons le monde d’aujourd’hui, nous voyons bien que cette capacité, cette force politique, qu’ont eue des hommes et des femmes à la fin de la Seconde Guerre mondiale -après trois guerres qui ont tout ravagé- peut être utile à bien d’autres endroits dans le monde aujourd’hui. Mais il faut que l’Europe retrouve cette force. Il faut réinterroger les institutions à la lumière des intuitions qui les ont vu naître. Il faut aussi remonter plus loin que la création de ces institutions, comme le Pape l’a expliqué dans son discours, remonter à ce qui est à l’origine de l’Europe, toutes ces synthèses culturelles, toute cette volonté d’unité, malgré toutes les guerres et malgré tous les déchirements. Aujourd’hui, l’Europe a une très grande responsabilité dans le monde.
Vous-même, Éminence, vos frères cardinaux, évêques, les prêtres, les religieux et les laïcs, les fidèles, tous ne sont-ils pas repartis missionnaires lundi soir?
Oui, je pense que la France en avait besoin. L’Église de France a aussi beaucoup reçu pendant ces quelques jours. Beaucoup de graines ont été semées. C’est à nous de bien réfléchir pour les arroser comme il convient. L’Évêque, souvent, est un jardinier. Il doit aller arroser toutes les graines, même celles qui sont tombées à des endroits où il ne pensait pas qu’elles tomberaient. Voilà ce que nous devons faire maintenant.


